La collecte de récits de vie des descendants d’Arméniens de Marseille et des Bouches du Rhône

Publié le par PV

Présentation des travaux de l'association par Corinne CASSÉ,
dans le cadre de la Fête de la Science « Nouvelles archives, nouveaux accès », Archives et Bibliothèque départementales Gaston Defferre, octobre 2007.
 
1. HISTORIQUE ET CONTEXTUALISATION DU PROJET
2. QUE RECUEILLIR ?
3. COMMENT RECUEILLIR ?
4. QUELLE PRODUCTION ET QUELS ACCES ?
 
1. HISTORIQUE ET CONTEXTUALISATION DU PROJET
L’association Paroles Vives a été créée sur Marseille en 2005. Elle regroupe des chercheurs, ethnologue et sociologue pour le moment, sensibilisés à la recherche appliquée. L’objectif étant d’intégrer notre savoir faire dans des réalisations culturelles et sociales concrètes en partenariat avec d’autres acteurs.
Le projet sur la mémoire arménienne a commencé fin 2005 avec la rencontre de membres du CCAF de Marseille (Conseil de Coordination des organisations Arméniennes de France) à l’occasion du 90ème anniversaire du génocide.
Nous voulions nous présenter à eux et mieux connaître la diaspora sur Marseille, leurs travaux, leur fonctionnement, leurs besoins et imaginer des échanges entre nos deux structures.
Au fil du temps notre intention de travailler sur ce sujet a mûri et nous avons rencontré nos partenaires définitifs qui allaient devenir de véritables co-auteurs de ce projet et qui depuis n’ont cessé de nous apporter leur soutien, leurs compétences techniques et leur aide : les Archives Départementales des Bouches du Rhône en la personne de monsieur Gasnault et de son équipe et la MMSH d’Aix en Provence, plus précisément la phonothèque en la personne de sa responsable Véronique Ginouvès.
L’association s’est dès lors orientée vers un projet de collectage d’archives sonores inédites sur l’ensemble des BdR encadrée par un comité de pilotage. Celui-ci est composé de nos partenaires Monsieur Gasnault, Madame Ginouvès, Madame Dominique Serena conservatrice du Muséon Arlaten et Monsieur Emile Témime professeur honoraire à l’EHESS en qualité d’autorité scientifique. La fonction de ce comité est de garantir la qualité scientifique et documentaire de toute la collection.
 
Avec le soutien du CG13, de l’Acsé (Agence nationale pour la cohésion sociale et l’égalité des chances), et du ministère de la culture nous avons pu commencer le collectage dès septembre 2006, idéalement pendant l’année de l’Arménie, dont nous avons reçu le label. En décembre 2006 une quarantaine d’heures étaient déposées auprès des AD13 et de la MMSH. Le collectage a repris cette année au mois de juillet et aujourd’hui 5 enquêtrices couvrent l’ensemble des BdR. La collection intégrale sera déposée à la fin de l’année. Elle représentera 150 heures d’entretiens inédits sur support numérique, qui seront immédiatement documentés, indexés et résumés. Ce traitement documentaire qui représente 600 heures de travail, sera disponible sur une base de données consultable auprès des mêmes structures AD13 et MMSH. Nous reviendrons plus tard sur les conditions d’accès.
2. QUE RECUEILLIR ?
Le travail ordinaire d’un ethnologue est de chercher à comprendre et à faire comprendre l’altérité, la culture de l’autre. Les moyens employés sont : l’entretien formel et informel, l’observation participante, la récolte d’objets, les impressions personnelles…
Notre projet dans cette campagne de collectage était de produire de la matière, une base, une matrice destinée à d’autres travaux que le notre, d’autres utilisations, d’autres fins que nous ne connaissions pas. Nos entretiens collectés devaient être suffisamment informatifs pour se suffirent à eux-mêmes.
Quelle pouvait être la place de ces témoignages oraux dans l’ensemble des données sous forme d’archives et de travaux historiques déjà existants, quel particularités, quels suppléments pouvions-nous apporter ? Nous décidions de recueillir la mémoire familiale, intime, parfois enfouie ou à vif ; mais aussi, une mémoire contemporaine, une mémoire en train de se faire, travaillée au fil des générations. Cet endroit vivant que l’on ne peut pas circonscrire où les mémoires et les identités se nouent, se construisent, se consolident et se transforment à nouveau.
Pour guider nos entretiens nous avons construit une sorte de fil d’Ariane plutôt qu’un questionnaire, une grille d’enquête en trois parties afin de visiter certaines thématiques :
-         L’histoire de l’errance familiale jusqu’à l’arrivée à Marseille, l’installation de la famille et la transmission de cette mémoire, par qui, comment ?
-         les souvenirs d’enfance de notre informateur, le passage à l’âge adulte jusqu’à la formation de son propre foyer et tous les espaces où l’identité arménienne peut-être visible,
-         les perspectives d’avenir et de transmission ou de non transmission
Et ce en prenant compte de la personne dans et hors son cercle familial, dans et hors la diaspora.
Notre parti pris a été de situer la personne interviewée comme source légitime d’informations quelque soit son statut. Source d’informations observables, conscientes pour la personne mais aussi difficilement formulables, de l’ordre du vécu, du quotidien et de l’ordinaire.
3. COMMENT RECUEILLIR ?
A chaque commencement de terrain, quel qu’il soit, nous sommes confrontés au mythe du « bon informateur », du référent incontournable désigné par tous, de « la » personne qu’il faut absolument rencontrer et qui cristallise aux yeux de tous les représentations du savoir selon divers critères : parce que cette personne est âgée, parce qu’elle parle facilement ou avec des mots savants, parce qu’elle a beaucoup voyagé ou au contraire pas du tout. Elle est en tout cas reconnue comme plus authentique et plus légitime en tant qu’informatrice que les autres.
Nous rencontrons volontiers ce type de personne mais souvent ce sont les entretiens les moins intéressants parce que formatés, tendant à l’officiel.
Dans notre démarche, toute personne concernée de près ou de loin par notre problématique est considérée comme actrice et témoin légitime de son vécu et dans ses représentations. La variation se fait alors d’une personne à l’autre sur la précision et la quantité des informations fournies. Mais nous ne portons aucun jugement qualitatif sur les personnes. D’autant que chacun des détails fournis rapportés à l’ensemble des enquêtes prendra un sens précis et jouera un rôle particulier dans la compréhension de l’ensemble.
 
L’autre particularité de ce travail est fondée sur la démarche volontaire des témoins qui acceptent de participer en toute connaissance de causes à la constitution d’une collection publique. Les témoins nous autorisent par contrat écrit à diffuser auprès du public leur entretien et à l’utiliser dans toute restitution non commerciale. S’ils le désirent leur anonymat est préservé.
Dès lors il s’agit bien pour nos témoins de bâtir une connaissance avec nous et pour d’autres.
Comment bâtir cette connaissance ensemble ? Classiquement la démarche ethnographique veut que l’enquêteur ait une connaissance bibliographique de son sujet avant de commencer son terrain. Puis le principe est de chercher à confirmer ou infirmer une série d’hypothèses sur le terrain : en l’occurrence au cours des entretiens où nous amenons les personnes à s’exprimer et à éclairer nos hypothèses.
Exemples d’hypothèses :
-         une population en errance cherche à se regrouper en réseau pour survivre : avoir un toit, un travail, une identité (on interroge les personnes sur les regroupements et la solidarité familiale, l’appel au réseau pour trouver du travail, la constitution d’école arménienne et les mariages entre gens d’une même région),
-         l’épicentre à partir duquel tout se construit est du domaine spirituel (on interroge les personnes sur la construction de l’église et la vie de la paroisse)
-         une identité doit négocier son espace avec les autres pour vivre et éviter le conflit ouvert,
-         elle évolue dans le passage à l’âge adulte et retourne à ses racines avec l’âge mûr, etc.
Si nous ne portons pas de jugement sur les informateurs par contre nous cherchons à vérifier nos hypothèses auprès de différentes personnes d’âge et de sexe différents.
 
Que faisons-nous de cet entretien ?
L’entretien ne subit aucun traitement ultérieur ; il n’y a pas de coupure ni montage. Nous ne voulons pas intervenir sur sa forme aujourd’hui : l’entretien est tel qu’il a été produit, en format non compressé y compris avec son environnement sonore. Dans quelques années nous pourrons trouver d’autres moyens de nettoyer proprement un parasite sonore.
Nous ne voulons pas intervenir sur le contenu. Chaque intervention quelle qu’elle soit fait intervenir notre subjectivité. Nous ne voulons pas transformer la parole du témoin ni effectuer de « tri » : nos préoccupations et nos intérêts actuels son autant de filtres avec lesquels nous appréhendons ce contenu. Le support pérenne permettra d’utiliser ces collections dans 50 ans et plus, d’ici là nos problématiques auront évolué.
Un grand intérêt est porté toutefois lors de l’entretien au fait que la voix du témoin soit bien présente (non couverte de bruits environnants, avec peu de commentaires de l’enquêteur).
4. QUELLE PRODUCTION ET QUELS ACCES ?
La collection est constituée de 150 heures collectées sur Marseille, La Ciotat, Aix et le pays d’Aix, Martigues et la région de l’étang de Berre, Arles et la Camargue, et les Salins de Giraud. Elle sera consultable sur cd audio auprès des AD13 et la MMSH ainsi que la base de données correspondante comprenant les résumés des entretiens, les mots clés, le noms de lieux et les dates citées d’après un thésaurus communs à plusieurs pôles de documentation. Des extraits sonores des entretiens seront disponibles sur les sites Web des partenaires dès le début 2008.

Publié dans Restitutions

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